Droit de réponse

20/01/2017

 

Suite à la lecture d’un article sur infokiosques.net écrit par Borha Chauvet et intitulé « Le collectif d’architectes – les fées clochettes de la gentrification et du néocolonialisme« , j’ai tenu à m’accorder un droit de réponse. Ce qui suit n’engage que moi. Je ne me fais le porte-parole de qui que ce soit, pas même du Collectif Pourquoi Pas. Libre à chacun de penser ce qu’il veut.

« Grincheux est le Nain qui a le plus mauvais caractère dans Blanche Neige et les Sept Nains. Avec son gros nez et des gros sourcils très prononcés, il a souvent les bras croisés avec un regard sévère. (…) Cependant, Grincheux n’est pas insensible à la beauté et à la gentillesse de la belle Blanche Neige. Il s’est attaché à la princesse, et a souri quant elle lui a donné un baiser. Grincheux est vêtu d’une longue tunique magenta recousue à plusieurs endroits et d’un bonnet marron. »

extrait du site : www.7nains.fr/

 

C’est ainsi qu’aurait pu commencer mon droit de réponse à cet article à charge sur les collectifs d’architectes. Blessé dans mon égo, j’aurais renvoyé la balle à son auteure avec mépris, en demandant l’approbation de tous les bien-pensants qui composent évidemment mon entourage de « Clochette ». Mais il aurait été malhonnête de ma part de faire un pareil raccourci en éludant l’argumentaire de l’auteure, pire encore, en ôtant de la citation originelle la phrase qui caractérise par essence le personnage de Grincheux : « En effet, il est le seul nain qui remet en cause les décisions de Prof. »

Car, en filigrane, il s’agit précisément du fond : la revendication d’une indépendance d’esprit. De la part de l’auteure, tout d’abord, à qui il serait extrêmement mal venu de refuser la liberté d’épingler n’importe qui, tout aussi « sympathique » qu’il soit. Comme il peut être mal venu intellectuellement, en étiquetant un groupe social supposé homogène, de lui refuser une indépendance de pensée ou une quelconque forme de réflexivité sur ses comportements.

J’avais déjà été frappé lors d’un colloque par ce sentiment très étrange d’être révélé au grand jour, démasqué, si l’on peut dire, par une critique très juste des schémas redondants dans les pratiques ici remises en question. Je dois bien avouer qu’à la lecture de votre article, j’ai eu une tendance compulsive à jeter un œil par dessus mon épaule, à la recherche d’un profil d’universitaire en train de prendre des notes. On ressent bien que vous parlez d’un spécimen que vous connaissez de près. Ou pas tant, peut-être…

Car si la vérité doit fâcher, je vous confesse que de néo-colonialisme, vous n’êtes pas la première à nous taxer. Au sein-même des représentants de « l’indigence », pour reprendre vos mots, des dissonances se font entendre. Des personnes qui voient en ces actions, parfois sollicitées par le politique, un cynique pacte avec le diable, quand vous préférez y voir un outil de pacification urbaine orchestrée à l’insu même des collectifs.

D’un point de vue tout à fait personnel, puisqu’il s’agit là encore de prouver que des opinions plurielles peuvent exister au sein d’un groupe, j’ai plus de facilité à comprendre la frustration d’un individu convaincu qu’on ne mène pas un combat en faisant des compromis, que votre motivation à vouloir penser que nous sommes dupes ou inconscients ; certainement une forme d’empathie de la part d’une confrère pour ces semblables égarés…

 

Toujours est-il que votre message a le mérite de nous faire nous poser tout un tas de questions, et pour cela nous vous remercions.

Ne pas tomber ni dans le piège de l’indifférence, ni dans celui de l’animosité, c’est ce qui motive ce droit de réponse et me pousse à vous inviter à vous joindre à notre proposition retenue à la 1ère Biennale d’Architecture de Lyon (cela ne s’invente pas !). Plutôt que notre coutumière auto-promotion, nous y ouvrirons un espace de débat (probablement en palettes) où nous espérons que tous les points de vue pourront être entendus, dont le vôtre, si vous acceptez de développer vos idées lors des différents échanges programmés. Car, outre la pointe de susceptibilité que vous pouvez déceler dans cette réponse, je pense que vous mettez le doigt sur des points de vigilance qui sont tout à fait les bienvenus dans le débat.

 

En vous remerciant par avance,

Collectivement vôtre.

Texte et illustration : Etienne

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