Post-biennale

18/11/2016

 

Au retour de notre virée vénitienne à la 15ème Biennale d’Architecture, nous avons été sollicités pour présenter la démarche de la Fabriqueterie, exposée dans la salle « Terreau » du Pavillon Français aux côtés d’autres approches pédagogiques. Toutes sont à nouveau réunies à Marseille autour des rencontres Post-Biennale.

 

ENSA-M 05 & 06/11/2016

L’invitation est très vite lancée par une enseignante de Marseille, Florence Sarano, dont la démarche pédagogique développée en atelier de projet a été soumise et retenue à la Biennale Internationale d’Architecture de Venise. L’invitation concerne en fait tous les contributeurs exposés pendant les quelques mois de la Biennale à l’appel du Pavillon Français, dont le commissariat fait la part belle aux « Nouvelles Richesses » cette année. Ce qui signifie une place au soleil pour nous aussi ! « Contributeurs », et non pas lauréats, comme nous le rappelle Benoît Sindt, membre du collectif AJAP2014 et co-commissaire du Pavillon. Il est vrai qu’en ce qui nous concerne, nous avons eu une tendance assez frénétique à nous auto-proclamer lauréats de la Biennale. Nous ne boudons pas le plaisir d’être finalement classés au rang de contributeurs ; nous y voyons même une distinction encore plus noble (une histoire de verre de prosecco à moitié-plein…). Soit.

La réunion des contributeurs – qui ne sont désormais plus anonymes – se déroule donc à l’ENSA Marseille, sous un temps maussade, bien vite éclipsé par un buffet de compétition (lauréat des buffets, en attendant les fêtes de fin d’année). Des tables rondes thématiques viennent soulever de nombreuses questions quant à la pédagogie des écoles et à la culture qu’on veut transmettre à nos jeunes étudiants architectes. Un week-end ne suffira d’ailleurs pas pour nous enlever cette étiquette d’étudiants, affectueusement donnée par deux tiers des enseignants que nous rencontrons. On s’habitue. Nous sommes certainement un peu responsables, quand, arrivés avec une bonne heure de retard le dimanche matin, nous nous retrouvons à la table des enfants pour débattre des suites à donner à ces rencontres. La teneur des échanges n’en reste pas moins riche et souvent très pertinente au regard de nos interrogations sur notre propre pratique.

 

Des parias ?

C’est de la bouche d’un membre du collectif, relayé d’ailleurs un peu vite par un étudiant, que glissera une des caractéristiques communes à tous ces contributeurs ici réunis : vous êtes/nous sommes les parias des écoles d’architecture (insolence significative de la jeunesse) ! Les mots sont forts, mais il y a quelque chose de cela, en substance, dans les différentes démarches présentées la veille. Des équipes qui revendiquent une manière de faire alternative. Mais qui dit « alternative » sous-entend qui prend un chemin différent d’une manière de faire conventionnelle. Cette revendication place donc automatiquement leurs défenseurs dans une posture particulière. Posture, qui de notre expérience lyonnaise, est clairement stigmatisée, voire ridiculisée par des équipes pédagogiques très attachées à un héritage de l’enseignement de l’Architecture (avec un grand A). Toujours est-il que ce sont aujourd’hui ces pratiques qui sont étudiées et présentées à la Biennale.

Y a t-il réellement un socle commun liant toutes les pédagogies représentées ce week-end ?

Beaucoup défendent un enseignement situé, quitte à proposer une école hors les murs dès que l’occasion se présente. Beaucoup misent sur un lien très renforcé avec la commande, permettant aux étudiants une mise en situation professionnelle et une relation au politique, notamment. D’autres mettent en place des outils d’interaction avec le public et les usagers concernés par les sujets d’étude. Situation-Commande-Outils. Est-ce pour autant une avant-garde de l’enseignement ? Derrière quelle bannière regrouper cette somme d’initiatives à l’œuvre ?

Les débats mettent l’accent sur la mobilité enseignante et le besoin de décloisonner les écoles ; monter un réseau pédagogique inter-ENSA. Déjà des mises en garde bienvenues émanent d’ici et là, quant à la nécessité de se prémunir de l’entre-soi et d’ouvrir la dynamique en marche à bien d’autres contributions. Ne pas renouveler des postures dogmatiques condamnées par la plupart. Exemple révélateur, les seuls professionnels hors-écoles venus à ces rencontres sont Amàco et nous-mêmes.

 

Des  dangers de la participation

En ce qui concerne notre travail à Vaulx-en-Velin, la situation est très ambigüe. Le partenariat avec l’ENSAL s’est en effet arrêté net au moment de la refonte quadriennale des programmes d’enseignement. Depuis septembre, plus d’enseignement au Mas du Taureau. La Fabrique in situ, à l’initiative de la démarche et co-fondatrice de la Fabriqueterie, n’existe plus aujourd’hui en tant que telle. L’équipe pédagogique est éclatée dans différents nouveaux domaines d’études, voire dans d’autres écoles, et tous explorent de nouveaux territoires. Comment, dès lors, continuer à contribuer à une pédagogie à laquelle nous sommes attachés en l’absence d’étudiants à qui transmettre ? Nous nous rendons compte depuis le départ de l’école, de la difficulté de prendre du recul sur le projet que nous développons, et de la nécessité concomitante de réflexivité sur cette recherche-action. Nous nous confrontons à la difficulté de concilier le temps long d’une démarche essentiellement itérative, au cadre pédagogique de l’enseignement supérieur qui, nécessairement, est contraint au respect d’un calendrier. Ne serait-ce pas là une véritable innovation pédagogique que de s’affranchir d’un calendrier qui ne correspond véritablement à aucune réalité quotidienne de la plupart des contextes de projet explorés ? La logique immersive défendue par une majorité des contributeurs pourrait, de façon caricaturale, être éprouvée jusqu’au fond des choses. Pourquoi, à la manière de Perec, ne pas tenter d’épuiser les lieux à force de les fréquenter, d’y consommer et, tout simplement, d’y vivre ?

Pourquoi se cantonner ou s’astreindre à des journées de 9h à 18h quand une grande partie des usages se révèlent à la tombée de la nuit ?

Paraphrasant Alejandro Aravena, un contributeur a rappelé que la co-construction n’était pas un acte de charité. Cette vérité assénée résonne fort avec ce que nous avons parfois pu ressentir au contact des étudiants. Quelques uns glissant inconsciemment vers une logique de légitimation de leur présence et de leur projet, du simple fait de l’aspect participatif revendiqué. Autrement dit, la sollicitation des usagers – sur leur temps libre – n’a pas toujours été suivie du minimum de retour qu’on est en droit d’espérer, simplement parce que certains font un raccourci qui veut que ceux a qui on ne donne habituellement pas la parole, sont, de fait, satisfaits quand on les considère. Il y a donc probablement une carence dans la pédagogie qui laisse entendre que la « participation » est un acte assez louable ou charitable qui autorise certaines impasses dans la relation avec les partenaires. Nous nous rendons compte, bien au contraire, que ces systèmes de représentation peuvent générer des points de friction, voire être totalement contre-productifs. Pire encore, ils reproduisent une tendance néfaste née de l’institutionnalisation de la concertation, en glissant parfois dangereusement vers “l’effet de manche“. Une vigilance quant à ces schémas n’est pas toujours naturelle lorsque les présences et les contacts sont ponctuels et définis comme tels.

 

Sortir de l'école !

Nous avons sûrement des choses à faire valoir, de part notre apprentissage construit sur l’expérience et confronté quotidiennement aux préoccupations à l’usage.

Est-ce que, paradoxalement, les partisans de la pédagogie in situ, devront se résoudre à démarcher pour se faire une place à l’intérieur même des murs et de l’organisation de l’école ? Loin de nous l’idée de nous sentir indispensables à la construction des professionnels de demain, mais nous nous interrogeons sur les difficultés de l’institution “école“ à capitaliser sur une démarche qui, si elle n’a pas été sémantiquement parlant « primée », du moins a-t-elle été distinguée et mise en avant par le Pavillon Français à la Biennale de Venise. Si nous avons tendance à appuyer sur ce dernier point, c’est que cette reconnaissance là n’est censée être que le point de départ, le tremplin pour développer un axe de recherche pédagogique et partenariale. Nous insistons également, car l’institution en question n’a pas tardé à réagir à l’annonce de l’exposition de notre travail à la Biennale – et s’est fait un devoir de représentation sur place – quand elle semblait trop occupée pour contribuer à l’écriture et au portage du dossier au moment de la candidature. Nous ne manifestons pas là une colère particulière, mais une incompréhension de positionnement.

Sortons des écoles, favorisons la mobilité, créons des passerelles inter-ENSA, remodelons les pédagogies, mais n’attendons pas que les partenaires locaux déjà engagés s’épuisent à tenter d’ouvrir un tant soit peu les étudiants sur leur environnement quotidien et les problématiques du territoire qu’ils habitent et usent 70% de leur temps ! Le point de départ de l’enseignement pourrait être le développement d’un regard critique sur le territoire qui nous accueille. Pourquoi l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon est-elle située sur la commune de Vaulx-en-Velin ? Comment fonctionne cette commune ? Quelle décision politique a fait qu’elle partage son campus avec l’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat (construite par un Grand Prix de Rome), jusqu’alors hébergée dans la capitale ? Pourquoi « se mettre au participatif » dans nos pratiques (comme le rapportait avec amusement un modérateur du colloque sur les « hors champs de la production urbaine ») quand nous-mêmes n’avons ni le goût, ni la culture de la participation dans nos quartiers respectifs ? Pour autant, l’étudiant n’est pas et ne doit pas devenir nécessairement un activiste militant. Dans notre cas, c’est en sortant de l’école que nous nous sommes demandés comment nous avions pu passer 5 ans d’études consacrées à l’aménagement du territoire et à l’architecture en tournant le dos au cas d’école – justement – que nous avions sous les yeux, ici, à Vaulx.

 

Photos : Marion Parent et PP!?

Texte : Etienne

liens :

http://minisite.marseille.archi.fr/rencontre-post-biennale-des-enseignants-des-ecoles-d-architecture/presentation/

http://www.nouvellesrichesses.fr/fr/projets/la-fabriqueterie-du-mas-du-taureau/

 

La Fabrique de l'ENSAL en résidence au Mas

'La Fabriqueterie fait le printemps' au local Malval

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